Lettre à un ami – Nouvelles du dehors et du dedans

J’entame un nouveau cycle de notes sous la forme de lettres à un ami.
Ce seront des billets d’humeur qui n’appellent pas nécessairement de commentaires. Juste une vue du dehors mais parfois du dedans à l’adresse d’un ami.
J’ai croisé il y a quelques temps de ça, le livre des haïkus de Kerouac. L’édition est bilingue et regroupe l’ensemble des petits poèmes écrits pendant sa retraite dans les montagnes je crois. Mais qu’importe. Ce qui est important c’est l’émotion que j’ai eu à les lire en anglais. Comme si ce dépaysement dans la langue m’éloignait du sens pour me rapprocher encore plus de l’émotion…et c’est bien de cela qu’il s’agit. Ne pas lire mais sentir. Comme le langage de la danse qui parle à ce que nous avons de plus archaïque en nous…qu’on lit avec les nerfs et non pas avec le cerveau.
Il m’est alors apparu comme une évidence qu’il me fallait illustrer ce livre…écrire autrement et dans ma propre langue la fulgurances de l’instant.

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À cette même période, j’écrivais cela sur mon carnet noir.

Note du 27 juillet – 7457 jours – 755 jours.
La théorie de la phase, c’est d’être alunissons avec le battement, le rythme d’un lieu. On peut mesurer la pulsation d’une ville, d’un quartier, d’une rue, d’un immeuble… À un instant précis.
Et notre bonheur serait dû au fait que notre propre rythme serait en phase avec celui du lieu où nous nous trouvons.
Un Haïku rendrait compte de ça.

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Note 7 novembre 2008 – 7000 jours

autoportrait-croix-blanche-3-bras-95x47-cmC’est fait ! Le pied de grue de 17H30 à 22H00 sans interruption. C’est étrange ce sentiment. Voir ce travail aux murs et en être si loin. En parler comme si j’en étais « l’auteur » alors que rien n’est moins certain tant les moments à l’atelier sont singuliers. Ils sont dans un autre temps, une autre peau, un autre corps. Je me vois accomplir certains choses. C’est bien moi. Je suis bien acteur de cette vie là de peintre au fond d’un atelier. J’ai bien ces gestes qui façonnent les toiles,mais je me sens étranger à l’objet final. Non pas que je n’en sois pas ému ou touché. Bien au contraire. Mais il me semble tellement improbable d’en être le géniteur. Alors en parler met une nouvelle distance, comme celle entre un narateur et son récit. Serait-ce là une des raisons pour laquelle je ne signe pas mes toiles ?

Zoologie urbaine

Ou « ce que je crois savoir d’eux ».
C’est une série commencée il y a plusieurs années de cela. Le principe en est simple, à partir d’une scène publique illustrée par une photographie, il s’agit d’écrire l’histoire objective de ses protagonistes. Pour ce faire, je m’appuye sur ce que j’observe mais aussi sur les bribes de dialogues que je peux surprendre. En un sens, je tente d’enregistrer ma propre réalité d’une scène à laquelle j’assiste mais dont je ne suis qu’un protagoniste passif. Un observateur.
Ces observations sont censées étayer mon existence. Prouver que ma vie est bien inscrite ici et maintenant, dans ce temps et dans cet espace.
Elles n’ont d’autres portées que celle-là.

Note du dimanche 28 septembre 2008 – 6060 jours

Il semble que la fracture de la disparition de R ne soit pas encore réduite.

A parcourir les nouvelles du matin, je suis encore plus fermement convaincu (si besoin était) de la justesse de ma vie. Loin, loin, loin de tout ce qui forme aujourd’hui notre « so called » société. Une entité abjecte où l’individu n’est plus que fait divers ou « people ».

Je suis nihiliste certes, mais convaincu d’un sens général à la ligne de la vie.

Paradoxal ?

Note du samedi 13 septembre 2008 – 6045 jours

Il y a dans Murakami ce monde « selon lui » dans lequel j’ai envie de vivre. Pourquoi ?
Parce qu’il est peuplé de personnes complexes qui agissent simplement face à des situations souvent surréalistes. Mais quoiqu’il arrive, ils parviennent à rester eux-mêmes contre vents et marées. Ils ont toujours ce léger retrait, un temps différent.

Note du 20 avril 2008 – Nouvelle – 5902 jours

Il avait griffoné sur un bout de papier quelques chiffres et des lignes qui ressemblaient à des schémas.
En fait, le petit ticket de caisse du café qu’il avait commandé. Je l’avais récupéré, attiré par ces traits et le mystère de ces nombres. Il s’agissait de montants. Le symbole de l’euro accompagnait chacun d’eux.
Je ne sais pas pour quelle raison, je n’y croyais guère. J’avais le sentiment que ces chiffres étaient relatifs à quelque chose de plus mysterieux. A quelque chose d’important. Une clé fondamentale dans la marche de notre univers. Cela devait dépasser la portée du E=mC2 d’Enstein et toutes les théories de la physique quantique. Je n’avais ni la compétence, ni la capacité intellectuelle de le comprendre mais mon corps tout entier le ressentait. Chacune de mes cellules. Il y a avait comme une ligne qui se dégageait de cette accumulation de données. Cela dépassait leur sens propre. Comme dans un poème où chaque mot prit isolemment n’est qu’un simple mot mais leur ensemble devient un monde.