Note du 17 juin 1995 – Mon Homme – B. Blier – 1208 jours

D’abord, ses personnages- plutôt ses personnes tant ils sont pleins de vie. Ses personnes, donc, ont oublié les volutes de la sociabilité, les courbes habiles de la courtoisie bourgeoise, la pollution de la « bonne » (mauvaise) éducation, pour tirer une ligne droite entre leur âme ( ce qui fait leur squelette) et celle de l’autre. Les mots, les dialogues, la forme des dialogues est télépathique, on entend de la même manière ce que dit une personne à l’autre, et ce qu’elle pense intérieurement dons un parfait amalgame. Chaque personne nous est livrée entière, le dedans et le dehors ne font qu’un. Derrière tout cela. BLIER charrie la poésie, la seule véritable, celle de la vie à bras le corps, celle de l’être groupé dans la vie, si fortement groupé. Elle devient la conséquence logique de l’hymne qui se joue, réelle, naturelle, loin des inventions de ce qui ne font plus que l’écrire. La matière de cette poésie est la seconde de vie de l’individu éphémère, broyée par la masse anonyme. C’est le ruisseau sensible de l’infra-ordinaire, cette sorte de caniveau où l’enfant fait voguer son bateau en papier. Et puis il y a aussi les paraboles que tout le monde croit pouvoir imaginer tant elles semblent évidentes. Seulement voilà, ici elles sont le trait d’union entre deux masses d’émotion et l’évidence qu’on ne regardait plus devient chef-d’œuvre. Ce qu’on apprend par-dessus tout, c’est de ne rien exiger, la vie accorde quand elle le veut, quand on y triche pas. BLIER nous dit qu’il n’y a pas de mensonge possible, tout ce qui est vécu est dans la réalité, dans la vérité, sans jugement. La dernière phrase: « Pardon Marie, pardon les femmes ». On pourrait traduire, pardon la vie, Marie est la mère de toute vie, de Jésus, la femme encore plus chaque jour. Toutes les femmes du film finissent par accoucher même si l’homme a peur J On aurait tous un péché à confesser. Pardon la vie. Elle devient tissée de l’éphémère des secondes de vie de l’individu

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Note du 17 juin 1995 – 1208 jours

La chasse à courre du cœur,

Dans la plaine verte millénaire,

Vidée du temps, du contenu de l’âme,

Reste ton être en mon centre précis,

Comme un galet, sur ma main, ta tête,

Flirt avec la douceur d’une brise,

D’un air neuf, jamais respiré,

Qui traverse l’étendue calme du corps,

Après, rien ne traîne que l’asphyxie douce,

Dans le silence de l’éternité.