Note du 31 mai 1996 – 1557 jours

Vers quoi est-ce que je converge ? Les Histoires du Bon Dieu. On peut tout trouver dans le vide et finalement on ne trouve rien. Tous les âges sont des possibles. Il y a foultitude de possibilités de vie. Est-ce que les choses sont vaines ou n’ai-je plus de considération pour ce que je suis ? Ai-je tout usé à commencer par mon étendue ? Se mettre à l’abri, est-ce tout ? Je n’ai que ma personne mais je n’ai pas peur. Ce qui vaut, c’est construire sa réalité, son propre temps, son isolement dans les isolements et de se dire que tout tombe derrière l’horizon et qu’il finit par arriver un jour ou l’autre. L’étendue n’est pas infiniment blanche, il y a une limite. Le point au-delà duquel tout se ressemble donc meurt par manque de contraste.

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Note du 9 mai 1996 – 1535 jours

J’ai laissé mourir en moi une langue étrangère.

J’ai vécu et je vis la mort d’une langue. La décrépitude a le goût de l’angoisse et de la frustration. Le son révèle quelque chose de connu mais le fil est rompu. Le fil du sens. Et soudain, on se retrouve à errer dans un monde de possibles, de presque connu. La répétition, cette fois, retire plus qu’elle ne confirme. Elle met à autant de kilomètres le sens et l’oubli.

Note du 6 mai 1996 – 1532 jours

Le temps dispose de moi. Manque. Des phrases égrenées qui cherchent le salut dans une révélation à venir (mais qui tarde). Le poison se répand comme la foudre et laisse le corps calciné raffermir ses chairs. Comprendre la secrète alchimie des plantes, le raffinement de la sève dans les veines des plantes. J’avais tous les visages du monde, du plus immonde au plus doux. L’attitude du visage est gracieuse. A travers moi, il se considère. Mon miroir doit déformer, grossir ses qualités, filtrer tous ses défauts. Pour cela je parle, j’interroge puis je comprends le fil interne qui a tiré cette émotion. J’observe avec ardeur les détails. J’ausculte le moindre recoin avec bienveillance. Je tire des aveux du corps que le cerveau ignore.