Note du 31 mars 2002 – Lettre n°1 – 3687 jours

J’ai coupé mes cheveux dans le cou sans pouvoir y voir. C’était le soir. Je vis ça comme une torture. Les deux : les cheveux coupés et le voyage. Peut être ne se reverra-t-on jamais !On se contente de la vie dite. Je ne juge pas. Mon unique acte volontaire consiste à suivre une route et de la raconter. Puisqu’il faut se séparer un jour, je veux en ressentir toute la douleur de ton vivant. Ecris-moi comme je t’écris les villages simples où je vais. On ne vit pas sans peur ni sans musique. Chaque lieu, chaque instant et la possibilité de te perdre. Ce fil qui nous lie tendu par la distance que je raconte. Parce que je n’apprendrai rien sans toi, nulle part, et que ce gâchis augmente ma vie. J’ai réduit les moments utiles (nécessaires) pour que tu restes mon unique lieu au dehors. Demain je me dirige vers le sud. Environ 100 km. Tu dois regarder la carte souvent. C’est un très mauvais rêve. J’envisage de sortir de France. Ta voix me rassure. Je te laisse. Je désire tant de choses pour nous.

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Note du 19 mars 2002 – 3675 jours

Parce que tout à l’heure s’oublie jusque mon identité et que je me livre tout entier au corps sans raison. Et alors, cette intégrité (pour l’instant) rassure l’esprit comme une forteresse inviolable qui parade de tout son haut, qui provoque et qui appelle au viol. Comme pour rappeler que l’esprit n’est qu’un hôte à peine toléré. Cette fine pellicule de peau est l’ultime limite de l’univers, c’est ainsi et même la pensée ne la transcende pas.