Note du 25 avril 2007 – 5519 jours

Il ressort de tout ça (moi face à la vie), une grande conscience du bien et du mal.

Ces trappes, ces portes dérobées qui s’ouvrent sur des clairières vierges de la langue. Ces mots (pourtant que des mots) à cloche-pied, ces phrases à mi-étage qui disent plus que l’intelligible.

S. Mallarmé – Pour un tombeau d’Anatole.

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Note du 3 janvier 2004 – 4330 jours

Est ce que le temps est celui de l’humain ? Partageons-nous cette même phase avec d’autres vivants ? En est-il du temps comme des longueurs d’ondes, certaines nous sont visibles, d’autres pas, audibles, d’autres pas ? Le temps est-il la synthèse perceptive de nos sens ?

Des langues j’en ai parlé sans toutes les comprendre. Qu’importe, mon âme a filé légère le temps d’une parole étrangère. Et je suis là, les épaules basses rattrapé par la vie.

De quels épanchements est capable la vie pour survivre aux sombres moments ? Quels compromis !

Note du 16 mars 2004 – 4403 jours

De l’étrange vie romaine

La langue italienne

Passe sous l’écorce de la peau blanche

Parlent en moi des mots que jadis j’ai connus

Et ce soleil si juste

En ce lieu exactement

Le Dieu chrétien Jésus

L’homme devenu éternel

J’ai conjugué ses origines

En a-t-il ?

C’est peut-être cela précisément

Pas de commencement ?

La peur de toujours

Cette origine romaine

Je peux !

En moi l’univers

Jusqu’à ma propre mort

Je peux !

Deux souffles

La vie grouillante que j’organise

C’est au dehors

Et cette seconde arrêtée qui devient

Eternité

Parles

Occupe l’espace

Fais taire le temps

J’y réussis

Et j’ai aimé dans ce soleil-là les échos archaïques du bout du temps

J’ai vu la lumière qui a commencé

Fade d’abord

Et qui éblouit de face

Ne brûle que mes yeux

J’ai inscrit ce sourire

Je ne meurs pas

Je te dis vous par désir

Vous, tes mains calmes m’affolent

A Dieu ne plaise, il t’a crée

Mais c’est en moi que je dis vous

Tu as tous ces visages émouvants

Plus encore tu me représentes

Je te dis vous

J’aime être exilé en toi

Ta chair amniotique me couve

J’écris des mots uniques

C’est un fait !

Cela vaut mieux qu’une barbe blanche ?

Je n’ai pas choisi mon fils non plus

Il vient et c’est lui

On tente de l’éduquer

Mais pas moi

Il marche seul

Un pas devant

Son ombre sur moi

Il pare les regards

Suggère-moi une vie

Qu’importe, elles sont toutes égales

Qu’on en finisse

Ce n’est pas le sujet

Ce n’est que du temps

Au passé au présent (à peine)

Surtout à perte

J’aime cette folie

Epuisé jusque remonter

Dans des bras ouverts la lenteur Douce qui me verra finir.

Note du 30 janvier 1999 – 2531 jours

Pour quiconque le touche, ressent la vie grouillante de la mort, ce passé qui renaît et nous charme en son sein de ses souvenirs heureux qui bringuebalent à la manière d’une romance. Plus je m’éloigne de ma jeunesse plus on me sépare de ma vie. Au point aujourd’hui de pouvoir la contempler comme de l’autre rive. Ce monde des possibles dont je n’ai cueilli que l’obligé. Je n’ai toujours pas de moulage de ses mains.

Un jour à Palerme.

On se fatigue de bonheur, des mots qui résonnent

Infaillible, il a coulé dans mes sens, les veines de mes sentiments,

Une liqueur de temps, de terre, de chair,

Qui a figé, en un, ce que la création séparait,

Une âme, un corps tout entier sacrifiés,

Au vol léger des quatre années passées.

Note du 9 mai 1996 – 1535 jours

J’ai laissé mourir en moi une langue étrangère.

J’ai vécu et je vis la mort d’une langue. La décrépitude a le goût de l’angoisse et de la frustration. Le son révèle quelque chose de connu mais le fil est rompu. Le fil du sens. Et soudain, on se retrouve à errer dans un monde de possibles, de presque connu. La répétition, cette fois, retire plus qu’elle ne confirme. Elle met à autant de kilomètres le sens et l’oubli.

Note du 6 mai 1996 – 1532 jours

Le temps dispose de moi. Manque. Des phrases égrenées qui cherchent le salut dans une révélation à venir (mais qui tarde). Le poison se répand comme la foudre et laisse le corps calciné raffermir ses chairs. Comprendre la secrète alchimie des plantes, le raffinement de la sève dans les veines des plantes. J’avais tous les visages du monde, du plus immonde au plus doux. L’attitude du visage est gracieuse. A travers moi, il se considère. Mon miroir doit déformer, grossir ses qualités, filtrer tous ses défauts. Pour cela je parle, j’interroge puis je comprends le fil interne qui a tiré cette émotion. J’observe avec ardeur les détails. J’ausculte le moindre recoin avec bienveillance. Je tire des aveux du corps que le cerveau ignore.

Note du 17 juin 1995 – 1208 jours

La chasse à courre du cœur,

Dans la plaine verte millénaire,

Vidée du temps, du contenu de l’âme,

Reste ton être en mon centre précis,

Comme un galet, sur ma main, ta tête,

Flirt avec la douceur d’une brise,

D’un air neuf, jamais respiré,

Qui traverse l’étendue calme du corps,

Après, rien ne traîne que l’asphyxie douce,

Dans le silence de l’éternité.