Naturalisation – Texte sur la série des naturalisations – 4719 jours

natyralizasjõ] n. f. Opération par laquelle on donne à une plante coupée, à un animal mort, l’apparence de la nature vivante.
Préparer un animal mort ou une plante de manière à leur conserver l’aspect du vivant. Maintenir une apparence vivante à un organisme mort.

Agir comme un conservateur (l’humain et le produit). Une sorte de rangement avant une nouvelle phase ? Le trait d’une opération arithmétique. Un bilan d’une somme d’années. Ça c’est le moteur premier. Celui qui ne se commande pas et qui constitue la pulsion première du travail.
Une phrase ne cesse de me hanter : « être pour la mort » de Martin Heidegger. Sans en appréhender le sens qu’il y a mis mais il y a une omniprésence de la disparition que je porte désormais en moi et que cette phrase résume parfaitement. Cela m’a d’ailleurs conduit à réaliser un certain nombre de gestes significatifs, concrets, matériels dans la vie de tous les jours.
Cette disparition est ambiguë. Elle agit sur moi très directement (dans le travail et dans le quotidien) mais même s’il s’agit de ma propre disparition elle est vécue à travers les autres. La part de moi que portent les êtres qui me sont chers et qu’ils vont emporter avec eux. Chacune de ces morts va amoindrir ma vie, dépecer mon patrimoine. Des pans entiers de mon existence vont disparaître. Le désir de simulacre de la vie que sont ces « Naturalisations » vient fondamentalement de là. Conserver ces morceaux épars de vie que sont les bouts de toiles.
D’ailleurs la question d’une suite à mon travail se pose. La question n’est pas la créativité mais la nécessité et l’instinct de survie. Ce moment où on décide de fermer les yeux, où on cesse de se battre pour se laisser glisser dans… Sauf accident, ce moment est semble-t-il en nous. Pré-programmé ! Dans chaque cellule ! Ce moment où le corps et l’esprit abdiquent.
Dans le travail cela se traduit par l’utilisation d’une matière neutre (la cire) qui permet de rendre solidaire  des membres épars. Elle permet aussi de colmater toutes les brèches et de donner à voir un ensemble en apparence serein. Une sorte de voile. Cette couche est ensuite retranchée dans la mesure du possible de sorte à laisser à nu la matière primaire.
Néant, paradis, enfer, purgatoire, qu’importe, on n’existe que dans la mémoire de l’autre, des autres. Les naturalisations sont cela. La mémoire. Mon éternité. Il n’y a d’inscrit aucune valeur esthétique. Comme dans une fouille, on ne décide pas de ce qu’on va y trouver. Arrive ce qu’il y avait là enfoui. Disparaître aux autres ?! Pourtant ce travail est peu de chose.
Il y a aussi le fait que je ne sache pas quoi faire de ce corps, alors pourquoi ne pas le donner ? !
Ce qui m’intéresse c’est l’épreuve du corps et par là son inscription irréfutable dans la vie, son appartenance pleine et entière dans la chose terrestre, chthonienne comme la terre qui tremble ou crache ses entrailles.

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